David Taté Juridique

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La rupture abusive du contrat de travail lors de la période d’essai.

19 avril 2007


Dans une décision en date du 20 février 2007, la Chambre sociale de la Cour de cassation affirme que si l’employeur peut discrétionnairement mettre fin aux relations contractuelles avant l’expiration de la période d’essai, ce n’est que sous réserve de ne pas faire dégénérer ce droit en abus.

Dans une décision en date du 20 février 2007 [1], la Chambre sociale de la Cour de cassation affirme que si l’employeur peut discrétionnairement mettre fin aux relations contractuelles avant l’expiration de la période d’essai, ce n’est que sous réserve de ne pas faire dégénérer ce droit en abus, avant d’approuver un arrêt rendu par une Cour d’appel qui avait estimé qu’agit avec une légèreté blâmable et abuse de son droit de résiliation l’employeur qui rompt le contrat de travail pendant la période d’essai alors que le salarié n’a pas été mis en mesure d’exercer les fonctions qui lui avaient été attribuées par le contrat de travail.

Cette solution intervient idéalement pour rappeler que si la période d’essai est une période contractuelle fragile puisque la rupture peut, sauf disposition conventionnelle plus favorable, intervenir à tout moment, sans préavis, sans indemnité et sans obligation de motivation, des limites existent afin de tempérer les comportements excessifs de certains employeurs, limites qui s’articulent autour de deux notions : l’abus de droit et la discrimination.

L’abus de droit sanctionne la décision prise par l’employeur de rompre la période d’essai toutes les fois où cette décision résulte de motifs non professionnels.

La charge de la preuve de l’abus de droit incombe au salarié. Or celui ci est bien souvent démuni pour établir une telle démonstration, d’autant plus que l’employeur n’a pas, répétons le, l’obligation de motiver la rupture de la période d’essai. En conséquence, l’instauration d’une obligation de motiver la rupture de la période d’essai par l’employeur apparaîtrait souhaitable. Mais tel n’est pas l’état du droit positif et ce n’est donc qu’assez rarement qu’actuellement la preuve de l’abus de droit peut être établie.

Malgré les difficultés probatoires dénoncées, la jurisprudence donne des exemples de circonstances qui démontrent un comportement abusif de l’employeur lorsqu’il rompt la période d’essai.

Ont notamment été jugées abusives les ruptures de périodes d’essai motivées en réalité par la volonté de l’employeur de se séparer d’un employé qui avait "osé" demandé un congé de trois jours sans traitement pour son mariage [2], ou qui avait présenté une réclamation au sujet de sa rémunération [3], ou encore qui demandait un éclaircissement sur la portée de relations contractuelles [4], autant de motifs manifestement non professionnels.

Mais pour pouvoir apprécier la capacité professionnelle d’un salarié, encore faut-il l’avoir laissé exercé normalement la fonction pour laquelle il a été embauché. L’arrêt de la Chambre sociale de la Cour de cassation du 20 février 2007 illustre parfaitement cette exigence, puisqu’au cas d’espèce le salarié dont la période d’essai a été rompue par l’employeur avait été embauché pour occuper un poste de responsable de site et pour assurer la direction d’une agence, agence dont la direction effective avait été en réalité confiée à... un autre salarié.

Il y à là une légèreté blâmable de l’employeur, comme le relève d’ailleurs la Cour de cassation. Antérieurement, d’autres décisions avaient démontré le soin qu’apporte cette juridiction à ce que le salarié soit mis en mesure d’exercer sa fonction normalement, notamment en cas de rupture de la période d’essai peu de temps après le début de celle ci, pour un poste imposant des fonctions importantes [5].

Bien que la Cour de cassation dans son arrêt du 20 février 2007 rappelle que l’employeur peut discrétionnairement mettre un terme à la période d’essai sous la réserve de l’abus de droit, la formulation retenue peut être critiquée car elle tend à occulter l’interdiction de rompre la période d’essai pour un motif discriminatoire, conformément à l’article L 122-45 du Code du travail, second tempérament au pouvoir de l’employeur de rompre le contrat de travail pendant la période d’essai.



Notes

[1] Soc., 20 février 2007, n° 05-44.553

[2] Soc., 17 mars 1971, n° 70-40.149

[3] Soc., 20 octobre 1998, n° 97-41.087

[4] Soc., 7 janvier 1998, n° 85-41.822

[5] Soc., 15 novembre 2005, n° 03-47.546


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20 Messages de forum

  • Je vois que vous parler de rupture pendant la période d’essai, en prenant une attention particulière à ne pas parler de licenciement : pensez vous que l’on puisse qualifier cette rupture de licenciement ?

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  • Il me semble que rupture hors période d’essai et pendant la période d’essai doivent tout deux etre qualifiées de licenciement : la seule différence tient au régime juridique applicable à la rupture, soit pendant la période d’essai le régime du licenciement ne s’applique pas, mais cela constitue bel et bien un licenciement. D’ailleurs, pendant cette période le salarié dispose des armes contractuelles basiques ( pas celles d’un avant-contrat ou d’un pré-contrat mais bien celle d’un contrat entier) : abus de droit ... on retrouve le contentieux du lienciement tel qu’il était avant la réforme de 1973.

    Voici un tres bon article de doctrine à ce sujet : MALLARD (Ph), « Le licenciement en période d’essai ? », Dr. Soc. 2006, 1157.

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    • Bonjour,

      C’est un avis intéressant, toutefois je ne le partage pas, du moins si l’on reste dans un cas de rupture de la période d’essai "classique" (donc en dehors de l’abus de droit ou d’une rupture fondé sur un motif discriminatoire par exemple).

      Comme vous, j’estime que pendant la période d’essai le salarié dispose d’un véritable contrat de travail. Il ne s’agit pas d’un pré-contrat ou d’un avant contrat.

      Par contre, pendant la période d’essai le contrat peut être plus aisément rompu, justement parce qu’un mode de rupture particulier existe, la rupture de la période d’essai. Il ne me semble en conséquence pas que la qualification de licenciement puisque être appliquée indistinctement à toute rupture de la période d’essai et au licenciement. Les conditions relatives à ces qualifications sont très différentes et leurs conséquences aussi.

      Salutation.

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  • Bonjour,
    je voudrais savoir si mon cas peut-être un cas de rupture abusive pendant la période d’essai.
    J’ai commencé mon emploi en tant que vendeuse le 21 Aout 2007 et ma période ce terminer le 20 septembre 2007 à 19h ( heure à laquelle je terminais).
    A 19h ma manager m’informe qu’il ne souhaite pas me garder car je ne corresponds pas à leurs critères de recherche dés le début.
    Est ce un cas d’abus ? Je n’ai rien prouvant que mon contrat est terminé ( pas de lettre, pas d’attestation assédics, aucun papier ...)
    Ne devait il pas me confirmé par écrit de l’arrêt de la période d’essai ?
    Merci de votre réponse.
    Salutations

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    • Bonsoir,

      Je ne réponds pas aux demandes individuelles relatives à des situations particulières.

      Vous devriez vous rapprocher d’un syndicat de salarié ou d’un cabinet d’avocat. Certains barreaux organisent gratuitement des consultations avec des avocats, il me semble que des maisons de la justice permettent de procéder de même.

      Salutation

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    • Bonjour ,
      en effet après la periode d’essai la tactique reconductible de la periode d’essai ou la rupture de la periode d’essai doit ce faire par écrit.
      d’autre part il est question aussi de préavis de rupture de periode d’essai au vu des disposition de l’article L1223-25 et suivant il serait interessant pour vous dans parle avec un syndicat afin de rendre caduc la fin de periode d’essai et de rendre par conséquent le liceciment abusive (en moyenne six mois d’arriere de salaire) voir meme la reintegration au poste (ce que les juges prud’hommales accepte rarement)

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  • Bonjour M. Taté,

    Je cherche à savoir quelles sont les dispositions et/ou obligations à suivre pour un salarié qui souhaite quitter son emploi à la fin de ses 2 périodes d’essai de 3 mois (CC Syntec) ?

    D’avance merci pour votre réponse

    Bien cordialement

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  • Bonjour, Pensez- vous que la rupture est abusive lorsque l’employeur rompt le contrat d’un salarié suite aux plaintes pour mésentente d’une autre salariée ? Je pense que oui mais dans ce cas comment démontrer que cette rupture est abusive ? Merci

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  • Bonjour,

    une rupture de contrat de travail, à l’initiative de l’employeur, en fin de période d’essai, sans le respect des 15 jours de préavis, est-elle abusive ?
    Que disent les textes à ce sujet ? cette situation ne devient-elle pas abusive par le non-respect de la durée de préavis ? Ce point n’est pas évoqué dans votre développement, et c’est un point générique important, quelles sont les procédures auxquelles l’employeur ne peut se soustraire ?

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    • Bonsoir,

      La récente loi de modernisation du marché du travail vient de prévoir un délai de préavis pour la rupture de la période d’essai.

      Avant il n’y avait pas de délai prévu légalement. Par contre les conventions collectives ou le contrat de travail pouvaient prévoir un délai.

      Le non respect du préavis ne me semble pas pouvoir constituer un abus.

      Par contre, il s’agit d’une formalité non respecté dont les conséquences doivent être appréciées en fonction du contenu du texte qui a instauré le délai.

      Il m’aurait semblé logique que le délai de prévenance n’étant pas respecté, le contrat devient définitif et la rupture devrait être considérée comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

      Il existe peut être des décisions en ce sens .

      Toutefois celles dont j’ai pris connaissance estiment que le non-respect par l’employeur d’un délai de prévenance, stipulé par le contrat de travail, n’imposant pas que ce délai s’insère dans la période d’essai et prenne fin avant le terme de cette période, n’a pas pour effet de rendre le contrat définitif (...) la décision de l’employeur de mettre fin à cette période n’était pas subordonnée au respect du délai de préavis (ici ; et ici pour une décision similaire alors que le préavis résultait d’une convention collective.

      En général, lorsque l’employeur met fin à la période d’essai sans respecter le délai de prévenance conventionnel le salarié peut prétendre à une indemnité compensatrice du préavis non effectué (ici).

      En résumé :

      - le non respect du préavis ne semble pas constituer un abus,
      - en fonction des dispositions du contrat ou de la convention collective il peut entrainer un licenciement sans cause réelle et sérieuse (il faudrait toutefois faire d’autres recherches pour constater s’il existe des décisions allant en ce sens) ou le versement d’une indemnité compensatrice de préavis.

      A noter que la question va rebondir sur le terrain légal suite à l’intervention de la loi de modernisation du marché du travail.

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      • bonjour,

        je voudrais savoir si une période d’essai supérieure à la durée légale de PE pour un cdd constitue un motif de rupture abusive de contrat, soit une rupture hors délai
        merci

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      • Bonsoir,

        Je me permets de vous écrire afin de vous exposer mon cas brièvement.
        Je suis Cadre Financier en contrat à durée indéterminée depuis le 14 Avril 2008 (incluant une période d’essai de 3 mois renouvelée 1 fois à compter du 14 Juillet 2008)et la RH me notifie le 09 Octobre par une lettre remise en mains propres que l’entreprise ne souhaitait pas me garder dans ses effectifs sans exposer aucun motif puisque j’étais en période d’essai. Le délai de prévenance de 1 mois suite à la loi de modernisation du marché du travail du 25 Juin 2008 s’applique t-il à ce contrat signé avant cette date mais renouvelé après la promulgation de cette dite loi. S’il s’applique, ce délai n’a pas été respecté par l’entreprise. Par contre, je suis dans l’obligation de respecter un délai de préavis de 15 jours depuis la notification de ma rupture de période d’essai, préavis que j’effectue en ce moment.
        Quels sont mes droits et mon entreprise est-elle en faute ?

        Je vous remercie d’avance pour votre réponse,

        Leila

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        • Bonsoir,

          les avis sont partagés pour l’application de ce délai aux contrats en cours lors de la promulgation de la loi.

          vous devriez vous rapprocher d’un syndicat ou d’un avocat (pour les avocats il existe des consultations gratuites, il faut contacter le barreau ou votre mairie).

          Salutation

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          • Bonjour ,

            Ma question porte sur la période d’essai d’un contrat de travail.

            J’ai signé un contrat de travail CDI de 12h par semaine (contrat étudiant) en tant qu’hôte de caisse le 03/10/08 à Franprix , dans l’article 2 de mon contrat de travail il est stipulé que :"le présent contrat de travail ne deviendra définitif qu’à l’issue d’une période d’essai fixée à 1 mois , expirant le 02/11/2008 inclus".

            Ma sous chef m’a appelé (donc verbalement et sans preuve ) aujourd’hui le 05/11/08 pour me tenir informé qu’ elle ne me gardera pas et que je ne travaillerais pas ce week end. Je trouve cela très étrange elle me prévient après ma période d’essai et puis je pense que cela a un rapport avec le faite que je n’ai pas accepté de rembourser mon écart de caisse de 10 euros la semaine dernière erreur qui aurait pu se faire un avertissement mais elle me demandait de les rembourser en espèces comme pour effacer les traces.

            Je voudrais savoir qu’elles sont mes droits et que dois je faire vis à vis de mon employeur ?

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            • Bonsoir,

              Si le contrat est rompu après la période d’essai sans procédure de licenciement, la rupture du contrat de travail devrait être considéré comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

              Faite attention si votre contrat a été suspendu pendant la période d’essai (maladie...) l’essai est prolongé d’autant.

              Si vous n’allez pas travaillé sans avoir une preuve (lettre remise en main propre, etc...) que votre supérieur vous a dit de ne pas venir au travail, vous risquez d’être considéré comme étant en absence injustifiée, faute qui peut justifier un licenciement.

              Si cela dégénéré, il faudra vous rapprocher d’un syndiat ou d’un avocat.

              Salutation.

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